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Récit fabienne – 12 mai 2019

Il est de coutume les dimanches ensoleillés, de prendre sa voiture pour aller faire une petite balade dans la nature. Un instant où l’ on souffle la fatigue de nos rythmes quotidiens infernaux et où l’ on se prépare à la nouvelle semaine avec une pensée impatiente pour les grandes vacances patronales – promesses de douces saveurs de liberté et de vie .

Ces petites fenêtres ouvertes sur le vivant que nous offre notre organisation sociétale semblent manquer. Beaucoup d’entre-nous se lèvent le matin pour se rendre au travail avec dans les tripes une impression indicible de souffrance. Pris au piège de notre contrôle , nous restons couchés sur le sol de la terre – réduit en esclave et soumis à on ne sais quelle vérité – contraint à l’ obéissance par notre compte en banque – bête féroce assoiffée d’argent – une Danse mortelle où un manque indéfini se nourrit de consommation .

Ce dimanche 12 mai, mon mari et moi avons été invités à Evrecy par Virginie. Être invité est chose commune et il existe une multitude de raisons d’inviter des personnes à nous rendre visite, mais celle de Virginie est surprenante : elle nous invite à une rencontre de cœur à cœur.

Cela peut nous faire sourire, et nous laisser dans la perplexité car si nous savons définir le mot invitation, le cœur à cœur ne semble pas avoir de représentation dans notre vocabulaire quotidien. Pourtant, avec un soupçon de curiosité, nous acceptons avec plaisir.

Quand nous arrivons chez elle où pour être plus juste dans ses champs bouton d’or, nous sommes accueillis par une femme souriante, douce et bienveillante. Les deux chiens qu ‘elle tient en laize sont agités et réclament leur liberté – elle leur ouvre les portes de son lieu verdoyant où des chevaux vivent en toute sérénité. Le paysage est beau mais nous sentons immédiatement que ce n ‘est pas lui qui fait l’harmonie de ce lieu. C’est elle – la femme sauvage- qui est l ‘esprit de notre rencontre. Elle en est la créatrice. Et nous commençons à deviner le cœur de son intention . Elle est disponible – présente – et d’un calme presque « dérangeant » – nous qui sommes habitués aux faux semblants agités.

Nous lui accordons notre confiance et virginie nous mène au cœur de son expérience de la vie. Ses pas sont inscrits dans la terre, et nous posons nos pieds dans ses traces : nous écoutons avec respect son histoire . Elle commence avec un cheval et c’est ainsi qu’avec simplicité, pas après pas, nous nous retrouvons dans le champs d’un troupeau de chevaux – illuminés par un soleil affectueux et sage. Étrangement ce voyage , c’est fait dans la douceur – vide d’intention et d’attente – juste nourrit de l’amour du présent offert avec tendresse et vérité par Virginie.

Je m ‘accroupi à coté d’un puissant cheval blanc – mon mari et virginie restent debout et ainsi installés à la table de nos Hôtes équins , nos langues bavardes continues leurs mouvements – nous ressentons nos cœurs se dénouer de nos peurs. Les chevaux nous entourent. Nous ne sommes plus des étrangers – potentiellement prédateurs agressifs – nous sommes « eux » – ils nous ont intégrés à leur troupeau. Nous sommes bienvenus chez eux – certains continus leurs repas et ne semblent même pas nous regarder – douce apparence d’illusion – ils savent que nous sommes là et nous sentons leur présence chevaline – en amour pour la rencontre. Le cheval blanc vient vers mon époux – il semble que l’ un et l’autre est une conversation intime et alors que je suis toujours accroupie, un cheval me chatouille les oreilles avec son souffle. Je sens la chaleur de sa respiration et son museau se balade sur mon dos. Il est curieux. Je reste accroupi et ses pattes arrières se collent à ma tête. Je n’ai aucune crainte. Je vis un instant de grâce. Je suis juste là – mammifère domestiqué – au cœur même de mon oubli. J’accueille chaque seconde comme un souvenir de ma nature animal – vivante et libre – tout comme le sont les chevaux de virginie. Ils me parlent d’eux dans le silence- je ferme les yeux et j’écoute de toute mon âme leur sagesse ancestrale. Et à cet instant, l’expression cœur à cœur, exprimée par virginie trouve sa définition. Mais elle reste intime, elle ne s’écrit pas en mots, elle parle là où personne ne peut venir nous voir, là où se tient le secret, là où nous sommes qu’un seule chose. Et même si nous sommes semblables en tant qu’être humain, cette rencontre se fait dans l’unique de notre différence – au cœur même de cette once de singularité qu’est notre liberté d’être .

Nous quittons le champs invité par notre instinct au moment juste, puis nous descendons vers la rivière pour remonter vers l’entrée du champs et ainsi refermer par un au revoir reconnaissant le portail d’une invitation pas comme les autres .

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